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Shawinigan est condamnée à la concertation et à l’innovation
Écrit par Stéphane Daoust   
01-03-2009
Shawinigan est condamnée  à la concertation et à l’innovation

Natif de Shawinigan. Guy Berthiaume a quitté la région en 2001 pour poursuivre des études supérieures à l'ENAP en management international.

Avant de quitter la région, M. Berthiaume a occupé le poste de directeur des communications au Festival Western de St-Tite pendant la présidence de Julie Boulet, puis il a été au coeur du déménagement de l'ATR Mauricie. Ancien étudiant de Monfort, il aussi siégé à la Commission Jeunesse du Centre-de-la-Mauricie, puis comme représentant jeunesse au Conseil Régional de Développement. Il a terminé ses études à Strasbourg avec un spécialisation en politique européenne puis il a quitté pour le Panama et ensuite pour le Kenya pour travailler sur des projets d'aide internationale. Guy Berthiaume suit toujours de près l’actualité régionale et il a soumis à L’Hebdo cette réflexion sur l’avenir de Shawinigan.

Une des premières grandes collectivités issue de l’industrialisation nord américaine du siècle dernier doit aujourd’hui miser sur des solutions novatrices inspirées du nouveau millénaire afin de relancer son économie.

En jetant un bref regard sur les 100 dernières années, on voit bien comment Shawinigan a su tirer parti de l’époque industrielle du siècle dernier. Son positionnement géographique et son bassin versant ont permis l’exploitation hydroélectrique et la création des premières centrales au Canada. Les tarifs préférentiels d’électricité ont aussi favorisé pendant près de 60 ans la venue d’investissements provenant de l’étranger. Les secteurs manufacturiers et pétrochimiques y ont prospéré pendant quelques décennies et l’industrie forestière a exploité le territoire pendant près d’un siècle, encaissant des millions de profits. En ajoutant la transformation de l’aluminium, Shawinigan comptait sur une main d’œuvre industrielle qualifiée et économiquement viable. Et la ville a enfin pu apprécier pendant plus de 10 ans ses entrées directes à Ottawa.

Changement de siècle, changement de mœurs, Shawinigan est rapidement passée aux antipodes de la prospérité. Les investissements étrangers se sont volatilisés peu à peu. L’ouverture des frontières économiques a créée des pressions sur plusieurs secteurs de l’économie, dont le marché de l’aluminium et du bois d’oeuvre. Et le passage de l’économie postindustrielle à une nouvelle économie du savoir s’adapte encore très mal à la région. Shawinigan n’est tout simplement plus compétitive. La crise économique actuelle risque enfin d’accélérer l’échéancier menant à la fermeture définitive des deux dernières grandes entreprises de la région; la Console et l’Alcan. Plusieurs centaines de travailleurs joindront bientôt leurs confrères de la Belgo, ajoutant une pression supplémentaire sur les enjeux de développement. Et Jean, lui, il a filé à l’anglaise laissant derrière lui un gouffre de leadership en région.

Fermetures inévitables

On en parlait déjà il y a 15 ans. Les enjeux étaient dessinés, les élites politiques devenaient peu à peu conscientes des défis qui guettaient la région à l’aube du prochain millénaire. Avant même les fusions amenant de nouveaux joueurs comme la Bowater et Rio Tinto, Shawinigan savait que la viabilité de ces grandes entreprises passait d’abord par des investissements dans leurs installations afin de les garder compétitives.

À travers le jeu des relations publiques, celles-ci ont longtemps laissé planer les utopies mais elles n’ont jamais eu la réelle intention stratégique d’investir pour donner une deuxième vie à leurs installations au temps où il le fallait. Abitibi Price par exemple avait déjà décidé depuis belle lurette d’investir dans de nouvelles usines, en Uruguay par exemple. Là bas, on produit cinq fois plus à des coûts moins élevés.

Mais plus insolite a été la réaction de surprise le matin où l'on annonçait la fermeture de la Belgo l’an dernier. Les élites et syndicats disaient alors avoir été pris au dépourvu par cette annonce subite. Ce jour là une cloche a sonnée ! Depuis, la pression s’est accentuée sur la région. La fermeture récente des installations de la Bowater à Donnacona et la crise économique n’indique rien qui vaille pour l’avenir de la ville. Et les efforts de la Ministre Boulet afin de prolonger la vie de la Console ne pourront avoir que des effets à court terme. Ce sont là les effets négatifs des investissements provenant de l’étranger dans une économie de marché de type industrielle.

Tourisme Viable

Il y a eu certes plusieurs colloques et table de réflexions depuis 15 ans. Et les projets structurants entamés pendant l’ère Chrétien ont essentiellement été appuyées sur une stratégie de développement touristique. Évolution de l’offre touristique, marketing international afin de positionner la région et ses produits d’appels. Une politique qui s’est avérée tout de même efficace. Mais le cycle de développement de la Cité de L’Énergie a malheureusement ses limites. Il se cachait déjà derrière la nouvelle vocation économique de Shawinigan plusieurs forces qui viendraient un jour contrer ses efforts. Le tourisme est une industrie extrêmement volatile. Et malgré une offre touristique acceptable, la ville se battra toujours avec les grandes métropoles et plusieurs autres régions qui ont tout autant à offrir aux visiteurs canadiens et internationaux. Le tourisme à Shawinigan restera toujours une industrie secondaire qui a simplement rejoint la qualité de l’offre et l’expertise de régions comme le Saguenay Lac St-Jean où les Cantons de l’Est. L’enjeu touristique ne se situe malheureusement pas sur la nuitée passée à Trois-Rivières, à Shawinigan au Lac à l’Eau Claire. Ce sont pourtant ce genre de débats qui ont trop souvent monopolisé les acteurs régionaux jusqu’à dernièrement.

Si vous considérez que la majorité des projets touristiques rendus possibles au cours des dernières années provenaient directement du cabinet de Jean Chrétien, comment cette industrie saisonnière pourra t’elle à elle seule continuer de payer les loyers tout en assurant sa pérennité? Il n’y a qu’à St-Tite où l’on peut observer un modèle touristique économique viable à toute sa collectivité. Mais bien au-delà de son succès financier, St-Tite a un secret bien gardé : la concertation et l’engagement de sa population dans un succès commun.

Ranger sa boîte à lunch et basculer vers le savoir et l’entreprenariat

Maintenant que l’Aréna est bien installée en bas de la côte, il serait peut-être temps pour Shawinigan de s’aligner le plus tôt possible sur une véritable stratégie de relance économique.

Et l’enjeu serait d’abord et avant tout de valider la pertinence de mettre ses énergies à relancer une économie de type industrielle.

Sachant également que la forêt est une ressource renouvelable faisant partie intégrante du territoire, comment Shawinigan pourrait se passer de ce levier économique? L’industrie des pâtes et papiers est peut-être morte dans la forme que nous l’avons connue mais la ressource ne cessera pas d’être utilisée de sitôt. Dans une nouvelle économie du savoir, Shawinigan doit nécessairement se questionner sur la façon dont elle peut donner une deuxième vie à cette industrie. Pourrait-elle par exemple se servir de son expérience pour créer les conditions permettant la création d’un véritable pôle d’expertise en matière de transformation de la ressource?

Comme à Houston au Texas où il n’y a pratiquement plus de pétrole aujourd'hui, les principales découvertes en matière de traitement des hydrocarbures ont lieu dans cette région. Pourquoi ? Parce qu’il y a là un vaste réseau réunissant des compagnies pétrolières, des institutions, des prestataires de services, des sociétés de conseil, des organisations professionnelles, des laboratoires de géologie. On pourrait peut-être réunir à Shawinigan l’expertise permettant d’évaluer les opportunités de l’avenir pour l’industrie du bois d’œuvre, pour développer de nouvelles technologies environnementales, pour créer les prochains produits à valeur ajoutée qui seront commercialisables tout en y supportant l’entreprenariat responsable.

C’est peut-être dans cet esprit que les décideurs doivent orienter leurs stratégies. La ville de Shawinigan devrait également tout faire afin de garder son bassin de travailleurs, une expertise non négligeable qui doit être mise à contribution dans cette relance Il faut aussi s’afférer à trouver de nouveaux bailleurs de fonds intéressés à soutenir des stratégies novatrices en recherche et développement. Le soutien du gouvernement et l’expertise universitaire devrait enfin être mise à profit, question de créer les conditions gagnantes aux solutions que Shawinigan envisagera dans les prochains mois.

L’exode des jeunes, un faux débat

Au début des années 90, la Commission Jeunesse du Centre-de-la-Mauricie, une organisation à vocation sociopolitique s’était penchée sur les enjeux auxquels était confrontée la jeunesse de l’époque. Tous les jeunes du Centre-de-la-Mauricie, du 3ème secondaire au Cégep ont été consultés sur quatre grandes thématiques, dont leur avenir professionnel. Il se dégageait déjà de cette étude une certitude palpable qui guettait la région : le déplacement massif des jeunes vers les grandes métropoles pour le travail ou les études universitaires. C’est d’ailleurs l’un des enjeux fondamentaux qui ont guidé les actions d’organisations comme le Carrefour Jeunesse Emploi depuis près de 20 ans. Ces organisations qui ont mené des luttes féroces aux conditions économiques défavorables à la région et à l’exode des jeunes travailleurs pourraient bientôt voir la situation s’améliorer. Pourquoi?

Parce que la technologie permet aujourd’hui plus facilement la décentralisation des entreprises qui peuvent maintenant prospérer dans un marché international à partir de St-Jean des Piles si elles le désirent. Dans la nouvelle économie du savoir, le phénomène de l’exode des jeunes vers les grands centres observé au cours de 20 dernières années pourrait s’estomper rapidement. La nouvelle économie devenant moins dépendante de son environnement physique, les enjeux se situeront davantage sur l’efficacité des collectivités à regrouper savoir et expertise et à miser sur une formation efficace et efficiente de son bassin de travailleurs.

 

 

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